Le lundi mélancolique

Voici ce que j’écrivais, un lundi pas comme les autres, dans une période difficile:

Ça y est, c’est lundi. Pourtant ce n’est pas un lundi comme les autres. Je ne travaille pas. Je ne travaille plus pour quelques temps. Je suis en arrêt de travail. Je m’étais promis de ne pas devoir en faire un second, mais trois ans après mon premier arrêt, voici maintenant que j’en fait un deuxième. Je n’ai pas eu le choix, je me suis poussé jusqu’à me rendre à l’urgence, me faisant peur à moi-même. Je n’ai pas pleinement adressé ce que je devais adresser semble-t-il, l’éternelle remise en question, le perpétuel malaise. Quoi faire de ma vie pour être heureux? Ou peut-être suis-je malheureux à cause de ma “condition”, et que sans cette condition j’aimerais ma vie actuelle? En fait, c’est surtout la sphère professionnelle qui est cause d’anxiété pour moi, bien qu’à l’occasion cette anxiété envahisse aussi les autres sphères de ma vie. Ah, ce que je peux être perdu dans ces moments sombres.  

Je suis en arrêt depuis déjà quelques temps. La honte. Les derniers jours, je ne me sentais pas si mal. D’abord le soulagement d’avoir retiré de ma vie temporairement ma principale source d’anxiété, le travail. Puis, le fait de reprendre la médication, qui aide un peu. Probablement pas l’antidépresseur que je prends, puisque ce dernier prend plus de temps avant de faire effet. À moins que d’en sentir les effets secondaires génère en moi un début d’effet placebo, ce qui est déjà mieux que rien. Et il y a aussi ce second médicament, un peu champ gauche, qui est sensé aider pour l’anxiété, et qui je crois aide effectivement, on verra bien.

Mais ce matin, je revis un lundi comme les autres, comme si j’étais au travail ce matin. Il y a la pluie, la lourdeur du ciel, puis la reprise d’un horaire semblant normal avec la routine des enfants qui reprends. C’est peut-être tout ça, ou rien de ça, qui génère en moi ce sentiment d’angoisse. Il en reste que la déprime ce matin est forte, très forte, trop forte. Ce sentiment de lourdeur dans ma tête, de ne pas avoir les idées claires. Cette sensation d’inconfort au ventre, de chaleur diffuse, ce sentiment de peur, de tristesse, puis de honte. Je me sens d’une fragilité énorme.

Le regard de l’autre me rend malade, je souhaite le fuir, l’éviter. De rencontrer quelqu’un de confiant me trouble et me frustre. Lorsque je suis seul avec moi-même, je peux me faire croire que ce n’est pas si mal, que ça va mieux, que ça va passer,. Mais lorsque je rencontre quelqu’un de confiant, d’énergique, de motivé ou d’enthousiaste, je réalise à quel point je suis encore un petit enfant à l’intérieur, à quel point ma sensibilité prend le dessus, à quel point je ne sais pas ce que je suis dans ces moments, combien je ne me sens pas maître de ma vie, me sentant perdu au milieu de l’océan. Je réalise à quel point je suis déconnecté de mes propres valeurs, ayant peur d’autrui et de révéler l’angoisse et la honte qui m’habitent. Dans ces moments, je ne vois que ça. Je ne suis pas à la hauteur, je ne suis pas assez bien, je ne suis rien de valable. Pour les autres ou pour moi? Bonne question. Pour les autres serait la réponse facile, comme si ça ne dépendait pas de moi. Mais je sais bien que la véritable réponse est pour moi, car je comprends maintenant que le juge de mes actions n’est que moi, soit directement, soit à travers une projection de mon propre jugement dans l’oeil d’autrui.

Je sais, intellectuellement du moins, que toutes ces pensées automatiques qui bombardent ma conscience ne sont pas rationnelles, que je leur ai tellement porté d’attention au fil des années qu’elles sont devenues la norme, la voie de la facilité. Je sais que je ne devrais pas leur porter trop d’intérêt, que je devrais les laisser crier, sans leur accorder d’attention, et surtout ne jamais les croire. Mais c’est tellement difficile, c’est tellement plus simple de croire que la facilité avec laquelle elles me viennent, le naturel avec lequel elles apparaissent, ne peut être qu’un signe qu’elles sont vraies. Dans ces moments je me déteste. J’ai une envie de pleurer ma vie, mais je n’y arrive pas. J’ai un désir d’être sauvé mais ca n’arrivera pas. Je souhaiterais un acte improbable qui me montre qu’il y a du mystère, de la magie, qu’il y a plus qu’un dieu qui joue aux dés, que l’espoir aide, qu’un cercle vertueux est possible, qu’une certaine sérénité est atteignable. Je ne veux plus du souhait de “m’étendre sur l’asphalte”. Je veux savoir qu’il y a de l’espoir, que moi aussi, je peux redécouvrir la joie. 

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